mardi 3 septembre 2013

Dans le sillage des Lectures sous l'arbre 2013


"Il est des lieux dont la puissance mérite un chant, à la fois célébration et appel du maquisard. Ce sont des lieux qui remettent l’être humain à sa juste place. L’atelier de Cheyne au Chambon-sur-Lignon, le beau territoire des Lectures, est de ceux-là.
Sous l’arbre, on chante et on résiste. On y partage le pain et la poésie.
Le festival bruisse et crie sur le frais plateau Vivarais-Lignon. Voici pour une semaine, mille trajectoires d’êtres, de corps, de mots et de souffles. La poésie circule comme un courant électrique entre nous, bénévoles, lecteurs, auteurs… Ce n’est pas parenthèse d’initiés, mais connivence brève de forces qui se nourrissent les unes des autres pour partir ensuite et poursuivre leurs routes.
Car l’on s’y retrouve, et cette retraite ne fait sens que parce qu’elle nous permet de retourner au front plus solides. Sous l’arbre on lit, on écoute, j’ai lu, on m’a écoutée ; mais il s’y trame quelque chose de plus profond encore : on prépare la transformation du monde par la parole, la transmission, l’association. Les poèmes y sont à la fois la balle de fusil et la caresse.
Sous l’arbre de Cheyne, du poétique, du politique, de l’écologique. La lenteur, le silence, la mesure, le partage, et surtout l’insoumission. Qu’on relise la liste de mots qui précède, et l’on comprendra.
Jean-François Manier, Martine Mellinette, Florence Buti, Estelle Aguelon, bénévoles, amoureux de poésie, comédiens et stagiaires, nous sommes tous veilleurs et sentinelles.
Sous l’arbre, les grands discours deviennent obsolètes, seuls comptent la langue inouïe et le désir d’action. La hauteur et la croissance y deviennent des leurres. On lui préfère la profusion de beauté et de vérité. Le silence y fait trembler le bruit du monde. La tendresse des prairies n’y est pas une mièvrerie, mais un bien de première nécessité.
C'est ainsi que je présentais les Lectures sur le blog Mediapart du festival. Nous voilà désormais début septembre, mais ce qui aurait pu être une parenthèse est en fait la porte ouverte à une année poétique riche, dense et revigorante.
Cette année, Cheyne change de mains mais non d'âme, Jean-François Manier laissant sa magnifique entreprise à Florence Buti. Cette métamorphose promet d'être belle, et vaut la peine d'être soulignée. Combien de maisons d'éditions meurent lorsque leur fondateur s'en défait. Cheyne a donc encore beaucoup à vivre, à faire découvrir. 


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